Sur la Route de Memphis

Nous voilà désormais sur la route de Memphis, Tennessee et on fera escale en chemin en Alabama. On navigue dans des territoires profondément marqués par la musique et son histoire. Voici donc une petite playlist pour vous mettre dans l’ambiance (vous n’avez qu’à cliquer sur chaque chanson) :

Elvis Presley – That’s All Right 

Ann Peebles – I Can’t Stand the Rain

B.B. King – The Trill Is Gone

Al Green – Love and Happiness

Johnny Cash – Folsom Prison Blues

Jerry Lee Lewis – Great Balls of Fire

Duke Ellington – It Don’t Mean a Thing

Howlin’ Wolf – Smokestack Lightnin’

Muddy Waters – I Am the Blues

The Box Tops – The Letter

En plus de la musique, cette région des Etats-Unis était au coeur de la lutte pour les Droits Civiques. Les états du Sud sont historiquement ségrégationnistes, c’est-à-dire qu’ils appliquaient des lois qui visaient à discriminer et ostraciser les populations noires. L’Alabama était l’un des états les plus racistes puisqu’il appliquait les lois Jim Crow, des lois particulièrement injustes envers les noirs. Heureusement, des gens courageux ont activement et intelligemment lutté pour faire progresser les choses et mettre fin à ces injustices.

On s’arrête un moment à Montgomery, capitale de l’Alabama et lieu majeur de la lutte pour les Droits Civiques. C’est en effet ici que Rosa Parks refusa de céder sa place à un passager blanc dans un bus de la ville. C’est aussi ici qu’a eu lieu le boycott des bus de Montgomery mené par un encore méconnu pasteur de 26 ans, Martin Luther King.

En effet, en 1956, la population afro-américaine abandonna du jour au lendemain les bus de la ville et utilisa un complexe système de covoiturage pour aller et revenir du travail. Au cours de ce boycott, la maison de King fût bombardé et lui et 88 autres furent jeter en prison. Mais cela ne découragea pas pour autant les activistes et la Court Suprême déclara finalement la ségrégation dans les bus anticonstitutionnelle. On passe d’ailleurs devant l’église où King prêcha pendant plusieurs années.

On s’arrête ensuite un peu plus loin devant la Greyhound bus station. C’est à cet endroit que s’arrêta le bus des Freedom Riders le 20 mai 1961. Effectivement, cette année-là, un groupe de membres de la SNCC (Student Nonviolent Coordinating Committee) embarqua à Washington D.C. dans un bus en direction de La Nouvelle-Orléans.

En 1961, la ségrégation a été abolie au niveau fédéral, seulement les habitants et les autorités locales de certains états du Sud continuent à l’appliquer illégalement. Le but de la Freedom Ride est justement de médiatiser cela.

Ce jour-là, quand le bus arriva au terminal de Montgomery, leur escorte de police disparut subitement laissant place à 200 partisans du Ku Klux Klan enragés. Ceux-ci attaquèrent et blessèrent, grièvement pour certains, les passagers du bus qui n’avaient rien fait de mal. Suite à cela, le ministre de la Justice Robert Kennedy envoya 450 US Marshals pour rétablir l’ordre dans la ville et supporta plus activement le mouvement des Droits Civiques.

On reprend la route direction Birmingham, un peu plus au Nord de l’Alabama. C’est Thanksgiving, les rues de la ville sont donc désertes, les habitants sont tous chez eux avec leur famille.

On se balade dans les rues et on passe devant la 16th Street Baptist Church. Cette église est tristement célèbre puisqu’en 1963, le KKK bombarda l’endroit un dimanche à l’heure du catéchisme et 4 petites filles trouvèrent la mort.

Ce drame montre à quel point le KKK et ses partisans étaient cruels, violents et sans pitié envers les afro-américains. Il est également important de rappeler ici que les membres du mouvement pour les Droits Civiques utilisaient la désobéissance civile pour obtenir justice et qu’ils prônaient la non-violence. Les membres du Klan et les autorités locales s’attaquaient donc avec une grande violence à des militants pacifistes.

L’ouverture d’esprit contre l’ignorance, l’intelligence contre la bêtise, le courage contre la cruauté ont fini par l’emporter. On ne peut s’empêcher d’admirer et de remercier le courage de ces gens qui se sont battus pour la justice.

En fin de soirée, on trouve un chouette campground dans la forêt, on en profite donc pour se faire un repas de Thanksgiving nous aussi (version camping). On allume un feu de camp pour faire griller des steaks et du maïs, le tout avec des patates douces sautées au beurre, miam !

Le lendemain matin, on passe brièvement par le Mississipi, le temps d’aller à Tupelo, lieu de naissance d’Elvis Presley. La maison de son enfance est toujours debout et un grand mémorial a été construit à coté en mémoire du King. La bâtisse est toute petite, Elvis venait d’un milieu très modeste avant d’avoir le succès qu’on lui connaît.

Un petit bout de chemin plus loin, nous voici arrivés à Memphis. Memphis et la musique, c’est une fougueuse histoire d’amour. Elle est connue comme étant le lieu de naissance du rock’n’roll et a vu naître des légendes. On a hâte d’en apprendre plus sur son histoire et de voir si la flamme est toujours là.

On se gare dans le quartier de South Main et on se dirige vers le Lorraine Motel. C’est là que, le 4 avril 1968, Martin Luther King fût assassiné sur le balcon de la chambre 306 par James Earl Ray. King était ici en visite en soutien aux éboueurs noirs de la ville qui militaient contre leurs mauvaises conditions de travail. Le motel fait désormais parti du National Civil Rights Museum.

On commence à avoir faim, on part donc manger à l’Arcade Restaurant, l’un des plus vieux diners de la ville où Elvis avait ses habitudes. Les plats n’ont rien d’incroyables mais on aime bien le lieu et sa déco old school toute en néons et en jukebox. On se croirait dans Grease.

Maintenant qu’on a le ventre plein, on entame notre exploration du Memphis légendaire en commençant par arpenter la mythique Beale Street, la rue qui abritent tous les bars et les clubs de blues. On est en pleine journée alors c’est encore assez calme mais il y a un bar, un club ou une salle de concert tous les dix mètres.

On croise aussi de nombreuses boutiques de souvenirs avec tout un tas d’accessoires à l’effigie du King. On se demande si l’endroit n’a pas un peu perdu de son panache et n’est pas aujourd’hui qu’une attraction touristique.

On s’arrête ensuite visiter le Rock’n’Soul Museum. Les expos sont très bien faîtes, on en apprend plus sur l’histoire du blues, de la soul et du rock ainsi que sur les artistes qui ont créé et développé ces styles musicaux. On découvre aussi certaines des tenues flamboyantes d’Elvis, la guitare de BB King  baptisée Lucille et tout un tas d’autres reliques.

Maintenant que l’on est un peu plus calés en la matière, on poursuit en direction du plus célèbre studio de Memphis, le Sun Studio. Tenu à l’époque par le producteur Sam Phillips, celui-ci se montre particulièrement redoutable pour dénicher les nouveaux talents. Il lancera notamment les carrières d’artistes mythiques comme Elvis Presley, Johnny Cash, Jerry Lee Lewis ou Carl Perkins.

La nuit est maintenant tombée et pour dîner, on opte pour le meilleur poulet frit de la ville. Le petit restau de Gus ne paye pas de mine mais dans l’assiette, c’est de la folie. C’est juste du poulet frit avec du coleslaw et des haricots mais c’est super savoureux. Le meilleur que l’on ait mangé et de loin.

La nuit est encore jeune, on retourne donc sur Beale Street histoire de voir si il y a un peu plus d’activité que la journée. On se balade dans la rue, tous les clubs et bars sont maintenant ouverts.

On s’arrête au Club Handy où se produisent the Amazing Rhythmatics. L’ambiance est cool et les musiciens sont super doués, la bière locale n’est pas mal non plus. On passe un super moment ! Même si c’est moins la folie qu’il y a 60 ans, c’est quand-même chouette Beale Street.

Le lendemain, on décide d’aller visiter Graceland, la maison d’Elvis mais arrivés sur place, on se rend compte que ça coûte une petite fortune ($10 le parking et $57 l’entrée par personne). Ça a l’air d’être une machine à fric, on se croirait à Disneyland, on fait donc marche arrière et on reprend la route. Prochaine étape : la Louisiane.

4 réflexions sur “Sur la Route de Memphis

  1. Super reporting, 👍🏻. Cette région du sud usa 🇺🇸 a une histoire récente très riche. On voit bien là encore que cette histoire, que ce soit les luttes pour les droits ou la naissance du rock, a rayonné ensuite dans le monde entier et l’a influencé profondément . C’est fascinant !
    Notre Johnny national l’avait bien senti dans les sixties, ça lui a pas mal réussi 🎸
    Merci et bonne route.

  2. .Que de route parcourue depuis le sud de la Floride,le Tennessee avec Memphis est une étape musicale fort intéressante,et le souvenir d’Elvis Presley.
    .Etes vous passé par la Nouvelle Orléans surement passionnante à visiter.Bonne route

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *